mercredi 10 janvier 2018

Plaidoyer pour l'argent

Dans l'évangile de Luc 16/1-8, Jésus parle de l'argent avec cette parabole de "l'intendant infidèle".... L'argent n'a pas toujours bonne presse dans l'Eglise Catholique, bien qu'elle en use sans trop d'états d'âme. On préfère parler de la pauvreté, qui, même si l'on sait que c'est un mal, reste comme l'image de la pauvreté spirituelle, la pauvreté du cœur.
Alors, pour ne pas risquer de jeter le bébé avec l'eau du bain, j'ai envie de faire un plaidoyer pour l'argent!

Toute notre économie, et celle du monde, est basée sur l'argent. C'est le thème de cette parabole de l'intendant. Ce monsieur se retrouve au chômage, drame qui touche tant de gens aujourd'hui. Mais lui ne se décourage pas, il fait preuve d'imagination. Et Jésus le félicite, tout en le traitant de malhonnête. Jésus le félicite pour son imagination. Pour nous, en clair, cela veut dire: pour aller vers Dieu, faites preuve de la même imagination, de la même audace que cet intendant! Soyez comme  ces vierges prévoyantes et sages (Matthieu 25/1-13) qui avaient investi dans l'huile de lampe!

Ce qu'on appelle les "acteurs économiques", les entrepreneurs, les capitaines d'industrie, et autres monteurs de start-up, doivent faire preuve d'audace et d'imagination pour faire vivre leur entreprise. Qui manque d'esprit d'entreprise peut être sûr de voir son affaire aller dans le mur.... Reconnaissons que l'audace, l'esprit d'invention, sont des qualités humaines dont l'argent, le profit... et le sort des travailleurs sont les moteurs.
Actuellement, toute une réflexion est menée sur l'argent, son lien avec l'engagement social, la politique, son rapport avec la répartition du profit etc... C'est depuis longtemps une des réflexions menée par le MCC (Mouvement des Cadres Chrétiens) et par bien d'autres tenants du christianisme social.

Il ne s’agit pas de brûler de l'encens devant "Mammon", comme Jésus appelle l'argent! Mais de constater la difficulté de concilier les réalités économiques et les droits de l'Homme. Dans ce sens j'admire les exercices de funambule auxquels se prête Mr macron en Chine. Pas facile!


samedi 23 décembre 2017

7. Nomades de notre temps.

Voici la dernière méditation sur le thème de "Dieu nomade".



Les autres dérangent, c’est connu. Quand un autre entre dans ma vie, tout un monde imprévisible entre avec lui ! « Je peux tout prévoir, sauf les autres », dit Marion Muller-Colard. Oui, les autres dérangent ; rien que par leur présence d’abord, mais aussi parce qu’ils sont différents. Ils m’obligent à bouger, à leur faire une place. En clair, si j’accepte de les laisser entrer, je vais devoir quitter mes pantoufles pour devenir nomade avec eux.

A la fin de ces réflexions, je me demande, je nous demande : comment suivre Jésus qui bouge, jésus qui danse, Jésus nomade ??? Comment prolonger les prophètes ? Est-ce réservé aux géants tels l’abbé Pierre ou Mère Térésa ?
Il n’y a qu’un moyen, à la fois simple comme bonjour et ardu comme les pavés du Paris-Roubaix, c’est : aimer… Regardons la parabole du bon samaritain. Ce n’est pas pour rien que Jésus a mis en scène un non-juif, un type pire qu’un « goy » pour les juifs : un samaritain ! N’oublions pas que Jésus lui-même a été traité de samaritain (Jn 8/48), une insulte rappelant les montagnards du Nord-Cameroun pour qui la pire injure est de se voir traité de « forgeron ». Alors ce samaritain ? Avons-nous mesuré l’effort qu’a dû faire cet homme pour sortir du passage clouté du qu’en dira-t-on ? Il a aidé un juif, pire, un homme en sang, autrement dit impur.

Au fond, aimer c’est sortir de soi, c’est risquer le vent du large… Ce cultivateur du Midi qui a hébergé des migrants, qui l’en a obligé ? Il a senti un appel puissant, un appel intérieur. Un appel à ouvrir sa maison, son terrain, son cœur, pour se retrouver errant avec les errants. Que je sache, les décisions du tribunal ne l’ont pas fait partir en zig-zag ; il est resté droit dans ses bottes, tel que rien ni personne ne pourra l’empêcher de récidiver.
Les nomades sont divers : certains le sont par tradition, d’autres pour sauver leur peau. Et puis il y a ceux qui, à l’instar de Dieu, acceptent d’être dérangés. Ceux-là entreprennent un voyage sans fin, car on n’a jamais fini d’aimer.

Il y a un autre voyage, plus  étrange. Celui qui me fait bouger « à l’intérieur », en cherchant Dieu. Rainer Maria Rilke appelle ça « écouter au-dedans »… Quête incessante, recherche merveilleusement chantée dans le Cantique des Cantiques. C’est la recherche très personnelle, très secrète du Dieu nomade… Car Dieu est toujours plus loin, au-delà de notre cœur, libre. C’est ce voyage intérieur qu’entreprit St Augustin, et après lui Al Halladj, Thérèse d’Avila… Comme l’écrit Gilles Rebêche, diacre : « C’est en marchant qu’on trouve le chemin ».  
Ajoutons que ce déplacement intérieur suit le même chemin que le voyage vers les autres. Il lui donne sa couleur, son goût. Comme la parole de Jésus vers son Père trouve son sel quand on sait qu’elle a été dite dans la poussière des routes de Galilée. Le Petit Prince de St Ex se comprend mieux à travers l’expérience du désert que fit son auteur. Et le voyage intérieur d’Etty Hillesum prend toute sa valeur quand on sait qu’il a été parcouru dans la terreur du camp de Westerborck, à travers sa route vers la mort.


Concluons par le commencement de ces réflexions : les chercheurs de Dieu sont animés par l’Esprit qui planait sur les eaux au début du monde. Ils sont fragiles, ces chercheurs, pas sûrs du lendemain, comme tous les nomades. Mais ils savent que l’Esprit de Dieu les prend pour les entraîner dans sa danse.

jeudi 30 novembre 2017

6. Une Eglise qui bouge.



Un de mes beaux-frères disait : « L’Eglise est une vieille dame qui n’arrive pas à se rajeunir ! » Mais si mais si mon cher Bernard, l’Eglise rajeunit… Bien sûr ; elle est d’âge mûr, donc elle préfère les réformes aux révolutions. Et parfois même – disons-le – elle préfère inciter les copains au changement plutôt que de balayer devant sa porte. Mais quand même, elle avance.

En fait, réforme et révolution sont cousines. L’une, souvent violente et subite comme un coup de palu, l’autre plus lente et plus réfléchie. Mais Danton et Jean 23 sont de la même veine, ils eurent quelque chose de joyeusement commun : le désir de faire bouger, l’un la France, l’autre l’Eglise.

Donc, l’Eglise est nomade, elle aussi. Et de plusieurs façons : d’abord, la Mission est dans ses gènes. La Mission traverse tout l’évangile ; poussée par l’Esprit, l’Eglise sort, comme dit le pape dans « La joie de l’évangile ». La Mission est au cœur de l’Eglise, comme l’Esprit est au cœur de la Trinité.

Mais l’Eglise bouge autrement encore : elle bouge de l’intérieur…. Comment cela ? Il y a en elle un désir  de « réforme permanente », comme Trotski prescrivait la révolution permanente ! Le pauvre, cela ne lui a pas réussi !... Dans le décret sur l’œcuménisme, le Concile dit : « L’Eglise est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a   toujours besoin en tant qu’institution humaine et terrestre (chap 2, n°6). Je souligne : la réforme est un besoin pour l’Eglise, ce besoin qui animait François d’Assise, Catherine de Sienne, Martin Luther.

Mais attention : réformer n’est pas restaurer, comme Robespierre n’est pas Charles X. Il y a actuellement dans l’Eglise une certaine nostalgie du passé, du latin, d’une liturgie qu’on trouve belle comme les spectateurs trouvent beau le Lac des Cygnes à l’Opéra. Il y a le mythe de la bouteille de Bourgogne : plus c’est vieux, meilleur c’est ! Or, si le passé est bon, c’est comme tremplin pour faire du nouveau, non comme un musée.

Comment symboliser cette Eglise-nomade dans la liturgie ? Comment exprimer à la fois la joie et le mouvement ? En Afrique, on le sait, il y a la danse, les « majorettes liturgiques », ces fillettes en jolies tenues qui dansent à l’offertoire… Mais nous ne sommes pas en Afrique ! Chez nous la danse a du mal à entrer dans l’église, si ce n’est des danses savantes réservées aux spécialistes. Non, nous sommes plus réservés, plus retenus, plus « intérieurs » peut-être. Mais alors – et c’est paradoxal – pourquoi, dans nos célébrations, ne laissons-nous pas plus de place au silence ? Souvent, on ne peut pas glisser une feuille de papier à cigarette de silence ! Or le silence favorise les « mouvements de l’âme », comme disait St Ignace. 
Et puis, il y a le chant. Pour imaginer ce que peut être le chant d’une Eglise qui bouge, reportons-nous au lendemain des attentats du Bataclan, quand toute l’Europe, dirigeants et policiers en tête, s’est retrouvée vibrante et unie dans une même Marseillaise… A l’église, une assemblée animée par l’Esprit, chante avec son cœur. Un chant alterné parfois avec une chorale qui dialogue avec l’assemblée, comme ce fut le cas à la Messe de rentrée 2017 à la Major de Marseille.


Un symbole : la place St Pierre à Rome : quand elle est vide, c’est déjà pas  mal, mais ça fait très solennel et un peu « monument historique » comme bien des églises en France. Mais quand elle est pleine de monde, cette place St Pierre, alors ça chante, ça sourit, ça agite des petits drapeaux. Quel beau symbole d’une Eglise qui  bouge et qui vit !

mercredi 15 novembre 2017

5. Entrer dans la danse de Dieu




Saurons-nous entrer dans la danse de Dieu ? Ou bien Jésus nous fera-t-il le même reproche qu’en Mathieu 11/16 : « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! » ???
Regardons l’évangile de Bartimée (Mc 10/46). Ce type est là, assis au bord du chemin. Il est bloqué par son infirmité, en dehors de la course. Même pas sur le chemin, mais au bord, sur le trottoir. Alors que tout le monde bouge. Et quand Jésus l’appelle, que fait-il ? Il jette son manteau, son seul bien contre le froid, comme s’il rejetait sa vie de mendiant ;  il bondit vers Jésus. Et tout cela en étant aveugle ! Essayez donc de bondir les yeux fermés !...
On est frappé par l’audace de l’aveugle. Sans hésiter il jette ce qui le bloquait dans le monde des non-voyants-assis, il saute dans la nuit comme ces casse-cou qui font du saut à l’élastique. Et ensuite, une fois guéri, il est debout et il marche, il devient nomade avec Jésus. Ce n’est pas joli ça ? Et le P. Rondet de conclure : « Le geste de l’aveugle en fait pour toutes les générations futures, une figure du véritable disciple du Christ. »

Voilà. Dans l’évangile, on trouve ainsi des gens qui deviennent nomades avec le Christ. Ce ne sont pas des princes, ceux-là sont empêtrés dans leur gandoura, ce ne sont pas des prêtres, coincés dans leur Temple, ce sont des prophètes. Ou du moins ils sont appelés à devenir prophètes du Royaume qui vient.

Dans l’évangile, on peut distinguer trois sortes de gens : ceux qui, à l’instar des apôtres, ont tout laissé pour suivre le Christ. D'autres ont suivi un temps, puis retour à la maison. Le troisième groupe, ce sont les plus ou moins supporters qui regardent passer Jésus, mais qui ne marchent pas, au sens propre comme au sens figuré ! Remarquons que pour le premier groupe, celui des apôtres, devenir nomade avec Jésus ne fut pas évident. Ils l’ont suivi d’abord avec une foule d’arrière-pensées : « Est-ce que je vais gagner le gros lot ? Quelle place j’aurai ? Quel sera mon bénéfice ? » ... Mais petit à petit, l’Esprit a purifié tout cela, et après l’Ascension, ils sont devenus des super-nomades « jusqu’aux extrémités de la terre. »


Une chose est sûre, je le répète : l’évangile n’est pas un livre de morale. C’est le récit de gens qui se sont levés pour croire avec leurs pieds, et qui sont entrés dans la danse de l’Esprit avec le Christ.

lundi 30 octobre 2017

4. Jésus, l'homme qui marche (suite)


Jésus bouge là où il y a des gens. Il ne leur demande pas leur passeport, ni de quelle Eglise ils sont, s’ils pratiquent ou pas. Simplement, il va là où les gens vivent et meurent, là où ils font la noce comme à Cana, là où un romain, ce « goy » comme disent les juifs, crie sa détresse devant la maladie de son gamin, là où la mort a frappé Lazare. Jésus rejoint ainsi les prophètes de l’Ancien Testament, si proches des exilés de Babylone. Il rejoint Elie secourant la veuve de Sarepta, il rejoint les prophètes bagarrant pour les droits des humbles.

Après Jésus – l’histoire de l’Eglise l’atteste – quand les papes de la Renaissance se vautraient dans l’or et les filles, il y eut toujours des chrétiens plus gonflés que les autres pour crier : « Et les pauvres ? Et les indiens ? »
Dans la suite des siècles, on trouve toujours des gens qui ont symbolisé le Dieu nomade, même sans le savoir, et pas seulement des chrétiens. Pensons à la marche du sel de Gandhi, et – oserai-je le dire ? – la Longue Marche de Mao. Chez les chrétiens, citons les défilés de Martin Luther King, et ce surprenant SDF, St Benoît Labre. Et plus près de nous, les papes-pélerins. Enfin,  tel ou tel Secrétaire Général de l’ONU sautant d’un avion dans l’autre, toujours pour la paix.

Nous ne pouvons pas nous étendre sur tous les « mouvements » de Jésus. Parlons quand même de la danse. Dans notre première méditation, je vous parlais de l’Esprit de la Genèse qui planait sur les eaux. On pourrait traduire : « qui dansait sur les eaux. » … Jésus a-t-il dansé ? Bien sûr voyons ! Gamin, il a dû se mêler aux danses des petits sur les places de Nazareth (Luc 7/32). Et, plus grand, participer à ces « danses bibliques » si belles, encore en honneur chez les jeunes israélites aujourd’hui.

Ensuite, si vous lisez l’évangile de Marc en continu, vous serez entraînés dans un rythme qui est comme une danse. « Et aussitôt… De là, il se lève… Il entre… Il sort, il traverse. »… Mais le triste, pour Jésus, c’est de voir les gens refuser d’entrer dans la danse ! Ils ne veulent pas danser – disent-ils – parce que c’est hors des clous ! Vous vous rendez compte ? Manger avec des traîne-savates, s’asseoir avec les sacripants, parler avec des « maudits » (Jean 7/49), non non ! Restons dans les clous de la Loi. Or, ceux-là qui ne veulent pas danser, Jésus les appelle des sclérocardes, des cœurs rouillés, grippés.

Décidément non, l’Evangile n’est pas un livre de morale. Il est le rythme d’un homme vivant, présent à tous, chaleureux… et libre ! Jésus est aussi in-saisissable qu’un danseur de flamenco. Personne ne peut mettre la main sur lui sans qu’il le veuille. En Mc 4/10, les gens vont lui faire un mauvais parti. Et le texte dit, laconique et souverain: « Et lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »
Enfin, après la Résurrection, les anges passent leur temps à dire aux apôtres : « Il n’est pas ici ! » Le Dieu-nomade est ailleurs!



mardi 17 octobre 2017

3. Jésus , l’homme qui marche.



Le premier voyage de Jésus, ce fut la fuite en Egypte. Un remake de l’Exode, en somme. Mais après, ce furent  trente ans d’enracinement à Nazareth. Cela fut sans doute nécessaire pour que Jésus ait des racines, qu’il soit « reconnu », « né-natif » comme on dit en Afrique. D’ailleurs, durant toute sa vie, on ne l’a pas appelé le SDF, mais le Nazaréen.


Et pourtant, dès après son baptême, Jésus bouge… Avait-il un domicile fixe ? Pas sûr. En tout cas, il dit à celui quoi veut le suivre : « Les renards ont leur tanière, mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. » (Mt 8/20)



A notre époque où c’est le « tout sécurité », cela nous laisse rêveurs. Vous vous rendez compte ? « Pas une pierre »! J’imagine que, dans le froid, les courageux qui font la maraude auraient cherché au moins un caillou pour que Jésus puisse dormir un peu bien…. Mais ce « pas une pierre » nous rappelle brutalement que Jésus devint nomade, à l’instar du Dieu-nomade de la Bible, à l’image des prophètes.
Ensuite, qui a calculé le kilométrage des voyages de Jésus tels que le rapportent les évangiles ???? Jésus, c’est Dieu qui court à la rencontre des hommes. Et quand les apôtres veulent souffler un peu - ce qui serait sage -  il réplique : « Allons ailleurs, car c’est pour cela que je suis sorti. » (Mc 1/38).

Donc, Jésus bouge. L’Esprit le pousse à d’incessants et harassants voyages, de Galilée à Jérusalem, de Sidon au désert… Quand on marche vers Compostelle, impossible de ne pas s’identifier à Jésus-nomade! Oui, le symbolisme de la marche vers Dieu c’est bien joli, mais la poussière ou la boue, le soleil espagnol ou l’orage, le gros chien sortant de sa ferme l’air pas commode, c’est aussi la marche vers Dieu. Jésus a connu tout ça.

Il est comme un coup de vent, une tornade de savane qui emporte tout sur son passage. Dans l’évangile, l’appel des apôtres est pour chacun d’eux d’une brusquerie pas possible. Alors quoi ? Même pas le temps d’embrasser papa-maman, de fermer la boutique ? Non, le vent de l’Esprit n’attend pas. Il faut bouger. Ce n’est pas pour rien que Christian Bobin a intitulé un de ses livres : « L’homme qui marche. »

Mais Jésus, c’est aussi le voyageur qui s’arrête. Il s’arrête pour écouter l’Esprit qui n’aime rien tant que le silence de la nuit…. C’est fascinant d’imaginer Jésus sous les étoiles. Comme en Afrique, il devait y avoir des myriades d’étoiles dans le ciel de Galilée. Alors là, c’est une prière longue, longue. Jésus sait que pour écouter l’Esprit, il faut du temps. Il prie seul avant de rejoindre les hommes au petit matin. (à suivre)

lundi 25 septembre 2017

2. Les prophètes, des gens qui bougent



Le prophète est témoin de la liberté de Dieu. D’abord, comme nous le disions pour les débuts du monde, l’Esprit qui planait sur les eaux a fondu sur un homme pour en faire un prophète. N’importe quel homme : un prêtre, un cultivateur… Car Dieu est libre de ses dons ! Bon d’accord, parfois l’homme ne s’est pas laissé faire, il a fallu que Dieu insiste. Normal, nous sommes  tous des êtres craintifs, pas sûrs d’eux-mêmes sauf les sots ... Craintifs et libres !

Ensuite, à l’inverse d’autres figures bibliques comme le prêtre, le prophète bouge ! C’est un nomade, comme le Dieu du désert. Le prêtre, dans la Bible et ailleurs aussi, a tendance à se considérer comme le gardien du temple ; il se mue, souvent inconsciemment, en propriétaire de Dieu. Mais le prophète est le témoin du Dieu imprévisible, du Dieu qu’on n’attendait pas. Les prophètes dérangent ! D’où leurs nombreux démêlés avec  les rois d’Israël, et même avec les gens du Temple. Il suffit de lire le livre des Rois, ou Jérémie, pour comprendre que le métier de prophète n’était pas de tout repos. D’ailleurs Jean-Baptiste, que l’on considère comme le dernier des prophètes avant Jésus, en a perdu la tête !

Il est intéressant de voir le rapport du prophète avec la Tradition. Le prêtre a tendance à s’en tenir à la Tradition, comme le serpent qui se mord la queue. Le prophète, lui, évoque la Tradition avec émotion, mais c’est pour aller plus loin : la Nouvelle Alliance s’appuie sur l’Ancienne, mais elle insiste sur la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu (Jér 31/33). La Loi nouvelle s’appuie sur la Loi de Moïse, mais c’est pour aller vers les Béatitudes ; les sacrifices de moutons c’était bien, mais maintenant il faut aller jusqu’au don de soi.
Remarquons que les salafistes et islamistes de tout poil représentent aujourd’hui l’inverse  du prophète, eux qui prônent un retour intégral à la Tradition islamique, même la plus barbare. On dirait qu’ils n’ont rien appris de l’Histoire! Tout comme les fondamentalistes chrétiens.

Donc, le prophète bouge, et il fait bouger. C’est un homme de la route, cette route sur laquelle Dieu marche, et sur laquelle l’homme marche à sa rencontre. Rappelons-nous le magnifique petit livre de Christian Bobin : L’homme qui marche (ed. Le temps qu’il fait, 2009 )… Le prophète est l’homme de la Rencontre. Dans ce sens, il y a chez tous les Prophètes de l’Ancien Testament, un énorme message d’espérance qui tire le monde vers le Messie.


Disons pour finir que la race des prophètes n’est pas éteinte ! Nous y reviendrons. Pour l’instant, disons que Jésus, prenant le relais des Isaïe et autres Jérémie, se situe résolument dans la ligne des prophètes, donc du Dieu nomade.