mercredi 15 novembre 2017

5. Entrer dans la danse de Dieu




Saurons-nous entrer dans la danse de Dieu ? Ou bien Jésus nous fera-t-il le même reproche qu’en Mathieu 11/16 : « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! » ???
Regardons l’évangile de Bartimée (Mc 10/46). Ce type est là, assis au bord du chemin. Il est bloqué par son infirmité, en dehors de la course. Même pas sur le chemin, mais au bord, sur le trottoir. Alors que tout le monde bouge. Et quand Jésus l’appelle, que fait-il ? Il jette son manteau, son seul bien contre le froid, comme s’il rejetait sa vie de mendiant ;  il bondit vers Jésus. Et tout cela en étant aveugle ! Essayez donc de bondir les yeux fermés !...
On est frappé par l’audace de l’aveugle. Sans hésiter il jette ce qui le bloquait dans le monde des non-voyants-assis, il saute dans la nuit comme ces casse-cou qui font du saut à l’élastique. Et ensuite, une fois guéri, il est debout et il marche, il devient nomade avec Jésus. Ce n’est pas joli ça ? Et le P. Rondet de conclure : « Le geste de l’aveugle en fait pour toutes les générations futures, une figure du véritable disciple du Christ. »

Voilà. Dans l’évangile, on trouve ainsi des gens qui deviennent nomades avec le Christ. Ce ne sont pas des princes, ceux-là sont empêtrés dans leur gandoura, ce ne sont pas des prêtres, coincés dans leur Temple, ce sont des prophètes. Ou du moins ils sont appelés à devenir prophètes du Royaume qui vient.

Dans l’évangile, on peut distinguer trois sortes de gens : ceux qui, à l’instar des apôtres, ont tout laissé pour suivre le Christ. D'autres ont suivi un temps, puis retour à la maison. Le troisième groupe, ce sont les plus ou moins supporters qui regardent passer Jésus, mais qui ne marchent pas, au sens propre comme au sens figuré ! Remarquons que pour le premier groupe, celui des apôtres, devenir nomade avec Jésus ne fut pas évident. Ils l’ont suivi d’abord avec une foule d’arrière-pensées : « Est-ce que je vais gagner le gros lot ? Quelle place j’aurai ? Quel sera mon bénéfice ? » ... Mais petit à petit, l’Esprit a purifié tout cela, et après l’Ascension, ils sont devenus des super-nomades « jusqu’aux extrémités de la terre. »


Une chose est sûre, je le répète : l’évangile n’est pas un livre de morale. C’est le récit de gens qui se sont levés pour croire avec leurs pieds, et qui sont entrés dans la danse de l’Esprit avec le Christ.

lundi 30 octobre 2017

4. Jésus, l'homme qui marche (suite)


Jésus bouge là où il y a des gens. Il ne leur demande pas leur passeport, ni de quelle Eglise ils sont, s’ils pratiquent ou pas. Simplement, il va là où les gens vivent et meurent, là où ils font la noce comme à Cana, là où un romain, ce « goy » comme disent les juifs, crie sa détresse devant la maladie de son gamin, là où la mort a frappé Lazare. Jésus rejoint ainsi les prophètes de l’Ancien Testament, si proches des exilés de Babylone. Il rejoint Elie secourant la veuve de Sarepta, il rejoint les prophètes bagarrant pour les droits des humbles.

Après Jésus – l’histoire de l’Eglise l’atteste – quand les papes de la Renaissance se vautraient dans l’or et les filles, il y eut toujours des chrétiens plus gonflés que les autres pour crier : « Et les pauvres ? Et les indiens ? »
Dans la suite des siècles, on trouve toujours des gens qui ont symbolisé le Dieu nomade, même sans le savoir, et pas seulement des chrétiens. Pensons à la marche du sel de Gandhi, et – oserai-je le dire ? – la Longue Marche de Mao. Chez les chrétiens, citons les défilés de Martin Luther King, et ce surprenant SDF, St Benoît Labre. Et plus près de nous, les papes-pélerins. Enfin,  tel ou tel Secrétaire Général de l’ONU sautant d’un avion dans l’autre, toujours pour la paix.

Nous ne pouvons pas nous étendre sur tous les « mouvements » de Jésus. Parlons quand même de la danse. Dans notre première méditation, je vous parlais de l’Esprit de la Genèse qui planait sur les eaux. On pourrait traduire : « qui dansait sur les eaux. » … Jésus a-t-il dansé ? Bien sûr voyons ! Gamin, il a dû se mêler aux danses des petits sur les places de Nazareth (Luc 7/32). Et, plus grand, participer à ces « danses bibliques » si belles, encore en honneur chez les jeunes israélites aujourd’hui.

Ensuite, si vous lisez l’évangile de Marc en continu, vous serez entraînés dans un rythme qui est comme une danse. « Et aussitôt… De là, il se lève… Il entre… Il sort, il traverse. »… Mais le triste, pour Jésus, c’est de voir les gens refuser d’entrer dans la danse ! Ils ne veulent pas danser – disent-ils – parce que c’est hors des clous ! Vous vous rendez compte ? Manger avec des traîne-savates, s’asseoir avec les sacripants, parler avec des « maudits » (Jean 7/49), non non ! Restons dans les clous de la Loi. Or, ceux-là qui ne veulent pas danser, Jésus les appelle des sclérocardes, des cœurs rouillés, grippés.

Décidément non, l’Evangile n’est pas un livre de morale. Il est le rythme d’un homme vivant, présent à tous, chaleureux… et libre ! Jésus est aussi in-saisissable qu’un danseur de flamenco. Personne ne peut mettre la main sur lui sans qu’il le veuille. En Mc 4/10, les gens vont lui faire un mauvais parti. Et le texte dit, laconique et souverain: « Et lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »
Enfin, après la Résurrection, les anges passent leur temps à dire aux apôtres : « Il n’est pas ici ! » Le Dieu-nomade est ailleurs!



mardi 17 octobre 2017

3. Jésus , l’homme qui marche.



Le premier voyage de Jésus, ce fut la fuite en Egypte. Un remake de l’Exode, en somme. Mais après, ce furent  trente ans d’enracinement à Nazareth. Cela fut sans doute nécessaire pour que Jésus ait des racines, qu’il soit « reconnu », « né-natif » comme on dit en Afrique. D’ailleurs, durant toute sa vie, on ne l’a pas appelé le SDF, mais le Nazaréen.


Et pourtant, dès après son baptême, Jésus bouge… Avait-il un domicile fixe ? Pas sûr. En tout cas, il dit à celui quoi veut le suivre : « Les renards ont leur tanière, mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. » (Mt 8/20)



A notre époque où c’est le « tout sécurité », cela nous laisse rêveurs. Vous vous rendez compte ? « Pas une pierre »! J’imagine que, dans le froid, les courageux qui font la maraude auraient cherché au moins un caillou pour que Jésus puisse dormir un peu bien…. Mais ce « pas une pierre » nous rappelle brutalement que Jésus devint nomade, à l’instar du Dieu-nomade de la Bible, à l’image des prophètes.
Ensuite, qui a calculé le kilométrage des voyages de Jésus tels que le rapportent les évangiles ???? Jésus, c’est Dieu qui court à la rencontre des hommes. Et quand les apôtres veulent souffler un peu - ce qui serait sage -  il réplique : « Allons ailleurs, car c’est pour cela que je suis sorti. » (Mc 1/38).

Donc, Jésus bouge. L’Esprit le pousse à d’incessants et harassants voyages, de Galilée à Jérusalem, de Sidon au désert… Quand on marche vers Compostelle, impossible de ne pas s’identifier à Jésus-nomade! Oui, le symbolisme de la marche vers Dieu c’est bien joli, mais la poussière ou la boue, le soleil espagnol ou l’orage, le gros chien sortant de sa ferme l’air pas commode, c’est aussi la marche vers Dieu. Jésus a connu tout ça.

Il est comme un coup de vent, une tornade de savane qui emporte tout sur son passage. Dans l’évangile, l’appel des apôtres est pour chacun d’eux d’une brusquerie pas possible. Alors quoi ? Même pas le temps d’embrasser papa-maman, de fermer la boutique ? Non, le vent de l’Esprit n’attend pas. Il faut bouger. Ce n’est pas pour rien que Christian Bobin a intitulé un de ses livres : « L’homme qui marche. »

Mais Jésus, c’est aussi le voyageur qui s’arrête. Il s’arrête pour écouter l’Esprit qui n’aime rien tant que le silence de la nuit…. C’est fascinant d’imaginer Jésus sous les étoiles. Comme en Afrique, il devait y avoir des myriades d’étoiles dans le ciel de Galilée. Alors là, c’est une prière longue, longue. Jésus sait que pour écouter l’Esprit, il faut du temps. Il prie seul avant de rejoindre les hommes au petit matin. (à suivre)

lundi 25 septembre 2017

2. Les prophètes, des gens qui bougent



Le prophète est témoin de la liberté de Dieu. D’abord, comme nous le disions pour les débuts du monde, l’Esprit qui planait sur les eaux a fondu sur un homme pour en faire un prophète. N’importe quel homme : un prêtre, un cultivateur… Car Dieu est libre de ses dons ! Bon d’accord, parfois l’homme ne s’est pas laissé faire, il a fallu que Dieu insiste. Normal, nous sommes  tous des êtres craintifs, pas sûrs d’eux-mêmes sauf les sots ... Craintifs et libres !

Ensuite, à l’inverse d’autres figures bibliques comme le prêtre, le prophète bouge ! C’est un nomade, comme le Dieu du désert. Le prêtre, dans la Bible et ailleurs aussi, a tendance à se considérer comme le gardien du temple ; il se mue, souvent inconsciemment, en propriétaire de Dieu. Mais le prophète est le témoin du Dieu imprévisible, du Dieu qu’on n’attendait pas. Les prophètes dérangent ! D’où leurs nombreux démêlés avec  les rois d’Israël, et même avec les gens du Temple. Il suffit de lire le livre des Rois, ou Jérémie, pour comprendre que le métier de prophète n’était pas de tout repos. D’ailleurs Jean-Baptiste, que l’on considère comme le dernier des prophètes avant Jésus, en a perdu la tête !

Il est intéressant de voir le rapport du prophète avec la Tradition. Le prêtre a tendance à s’en tenir à la Tradition, comme le serpent qui se mord la queue. Le prophète, lui, évoque la Tradition avec émotion, mais c’est pour aller plus loin : la Nouvelle Alliance s’appuie sur l’Ancienne, mais elle insiste sur la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu (Jér 31/33). La Loi nouvelle s’appuie sur la Loi de Moïse, mais c’est pour aller vers les Béatitudes ; les sacrifices de moutons c’était bien, mais maintenant il faut aller jusqu’au don de soi.
Remarquons que les salafistes et islamistes de tout poil représentent aujourd’hui l’inverse  du prophète, eux qui prônent un retour intégral à la Tradition islamique, même la plus barbare. On dirait qu’ils n’ont rien appris de l’Histoire! Tout comme les fondamentalistes chrétiens.

Donc, le prophète bouge, et il fait bouger. C’est un homme de la route, cette route sur laquelle Dieu marche, et sur laquelle l’homme marche à sa rencontre. Rappelons-nous le magnifique petit livre de Christian Bobin : L’homme qui marche (ed. Le temps qu’il fait, 2009 )… Le prophète est l’homme de la Rencontre. Dans ce sens, il y a chez tous les Prophètes de l’Ancien Testament, un énorme message d’espérance qui tire le monde vers le Messie.


Disons pour finir que la race des prophètes n’est pas éteinte ! Nous y reviendrons. Pour l’instant, disons que Jésus, prenant le relais des Isaïe et autres Jérémie, se situe résolument dans la ligne des prophètes, donc du Dieu nomade.

lundi 18 septembre 2017

1. Dieu, un nomade


Après des vacances assez agitées, comme (presque) tout le monde, je reprends la plume en commençant cette série sur "Dieu nomade". Ecrit de circonstance bien sûr! Comme quoi l'on peut très bien partir des événements pour arriver à l'Evangile! 


J’avais ouvert l’Evangile de Jean : « Jean-Baptiste dit : « Voici l’Agneau de Dieu. C’est de lui que j’ai dit : derrière moi vient un homme qui  devant moi est venu. Et moi, je ne le connaissais pas. J’ai vu l’Esprit descendre comme une colombe, du ciel. Et il a demeuré sur lui. Et moi je ne le connaissais pas ! J’ai vu, et je témoigne. »
J’ai été saisi par cette sorte d’incantation, haletante, comme une nouvelle merveilleuse qu’on a hâte de livrer. On dirait presque un poème de Péguy avant la lettre !... J’ai voulu en savoir davantage, et je vous livre cette recherche.

Pas de doute : dans la Bible, Dieu bouge ! J’ose dire : Dieu danse. Tout a commencé au début de la Genèse. L’Esprit planait sur les eaux, comme un busard survolant les roseaux de  la Dombes… Puis Dieu est devenu voyageur avec le Peuple de l’Exode. On est loin des dieux égyptiens ou assyriens bien tanqués (expression marseillaise signifiant "fixés") sur leur piédestal ! Non, le Dieu des Hébreux est un Dieu nomade.

Nomade, dites-vous ? Hélas, les Hébreux, une fois bien installés en Israël, ont tenté d’enfermer Dieu dans le Temple de Jérusalem. Le Seigneur a eu beau protester vigoureusement auprès de David qui voulait lui construire une « maison », rien n’y a fait. Salomon construisit, et pas un peu ! Le peuple de Dieu céda à l’éternelle tentation  des gens de mettre la main sur Dieu, de le mettre dans leur poche. Ils auraient ainsi leur petit bon Dieu portatif bien à eux… J’ai connu cela dans la montagne camerounaise, où chaque village avait son « dieu » protecteur, jamais d’accord avec le « dieu » du village voisin.

Mais Dieu est Dieu, il n’est le Dieu d’aucun peuple. Autrement dit, il est le Dieu de tous les peuples. Pourtant, aujourd’hui encore, à l’instar des islamistes, Mr Poutine et consorts tentent de mettre Dieu à leur service en apprivoisant l’Eglise russe… Mais Dieu est libre, libre comme les chevaux de Camargue, libre comme le vent de la Genèse. A la mort de Jésus, le voile du temple s’est déchiré, Dieu est redevenu nomade.

Dans cette belle histoire, « le renard et l’enfant », sortie sur France 5 le 19 février  dernier, la petite fille apprivoise le renard. Mais elle veut lui mettre une laisse au cou et le garder dans sa chambre. Le renard casse la laisse, et devient comme fou dans la chambre fermée. Dieu est ainsi : on peut l’apprivoiser, on ne peut pas l’enfermer.


Dieu est cet Imprévu, ce nomade que le vieux Job sur son fumier  découvrit. Comme disait Maurice Béjart, ce marseillais : « Je ne crois qu’à un Dieu qui danse. »

mercredi 31 mai 2017

St Jean

Je découvre St Jean dans un polycopié de Jacques Dherbomez, un Oblat d'Arras.

Le symbole de Jean est l'aigle, on le sait. Ce pourrait être aussi bien le cygne. Les cygnes, comme les foulques et autres palmipèdes, doivent courir sur l'eau pour s'envoler. Ils prennent appui sur l'eau, sur le terrestre, pour trouver la liberté dans un vol puissant.... Mais pour manger, s'accoupler, élever leurs petits, ils doivent revenir sur terre, c'est obligé. Comme si ces voiliers ne pouvaient pas se passer du monde des grenouilles et des hommes..


St Jean, c'est pareil: il est fait pour le ciel, mais c'est un terrien, un vrai. Il fait comme les cygnes: la tête au ciel, mais sans jamais oublier la terre. Pour lui, la terre des hommes est un tremplin vers le ciel. Sans le terrestre, son Evangile verserait dans la gnose, il s'évanouirait dans les nuages!
Regardons: pour parler de l'Eau Vive à la Samaritaine, Jésus lui demande à boire. Pour parler de l'Eucharistie, il donne à manger, là dans l’herbe. Et même après sa Résurrection, alors que ses disciples crient de peur "en croyant voir un fantôme", il croque devant eux un morceau de poisson grillé (ce qui entre nous est délicieux).

Et si Jésus prend son essor vers le ciel, il revient toujours à la terre, après avoir fait un tour chez son Père. Toujours il rappelle que marcher dans la lumière c'est ici d'abord, que l'amour de Dieu commence ici par l'amour des autres etc... Je trouve magnifique que notre foi soit aussi "terreuse", pleine d'histoires d'hommes, de cris d'appel ou de joie, voire de désespoir.

C'est à travers ce lien fort entre ciel et terre qu'il faut comprendre St Jean. Mais ensuite, Jean nous donne ce deuxième regard, que les hindous appellent le troisième œil, et qui est le regard tourné vers l'intérieur, le regard de la foi. Le premier regard, c'est la vue ordinaire, mais le deuxième nous permet de voir les choses comme Dieu les voit, telles qu'elles sont reliées au monde de Dieu. C'est le regard de Marie à Cana, celui de l'aveugle-né guéri, le regard émerveillé de Jean devant le tombeau vide. C'est le regard que donne l'Esprit de Dieu, ce cygne qui vient se poser parmi nous.

Voilà ce que j'ai médité ce lundi en voyant huit cygnes prendre leur essor ensemble. Un bruit terrible et après, le blanc de ces huit seigneurs qui montent en majesté.

lundi 8 mai 2017

Aujourd'hui , on coiffe gratis!


Il y a des petites choses qu’on lit comme ça, un peu vite. Et puis un jour on se dit : « Tiens tiens c’est curieux ! » Voilà ce qui m’est arrivé l’autre jour en  lisant, dans l’évangile de Jean, l’épisode de la pêche après la résurrection  (Jn 21/4-14). Là, li y a un os : les apôtres ont fait une pêche énorme : 153 gros poissons. Une belle prise ! Alors que Jésus, au verset 5, leur a demandé à manger. On va se régaler ! Mais quand ils abordent avec leur butin, Jésus a déjà grillé du poisson et coupé le pain. Bizarre n’est-ce pas ?

Et puis non, ce n’est pas aussi bizarre que cela. Nous sommes dans la logique de l’Evangile, dans la logique de Dieu qui, toujours, donne le premier. Il donne, il se donne comme ça, sans attendre nos « mérites » ! Dieu donne d’abord, et pour rien, sans rien demander en échange. Dieu coiffe gratis !

On voit ça dans tout l’évangile. Voyez Jésus qui discute avec la samaritaine près du puits (Jn 4). Il demande à boire, et cela étonne la dame. Alors Jésus lui dit : « Si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurait demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »… Et la femme adultère en Jean 8 ! Jésus ne lui fait même pas la morale, il ne la gronde pas. Il la libère d’abord, alors qu’elle allait se faire caillasser à mort. Et après seulement, il lui dit : «  Va, et ne pèche plus. » On ne sait pas si la dame a arrêté de courir le guilledou. Mais c’est de là, de cette attitude de Jésus, que vient la hargne des pharisiens : il va manger chez n’importe qui, il va loger chez Zachée-les-impôts, il entre chez un romain ! C’est trop !

Oui nous avons du mal à imaginer Dieu sans conditions, comme ça, parce qu’il est Dieu. Jésus aime sans condition, même quand on n’a pas les mains très propres. Et pour finir, the last but not the least, il a nourri 5000 hommes sans leur demander leur passeport. Nous qui, dans l’Eucharistie, pratiquons une communion de façon parfois fort sélective, cela donne à penser.
Dans notre monde où tout s’achète, on a du mal à comprendre Dieu qui coiffe gratis. On a l’habitude de voir notre relation à Dieu comme un contrat : « Si je suis sage, tu seras bon avec moi Seigneur ! Si je ne suis pas sage, je n’aurai pas volé tes coups de bâton ! » Là, on n’est pas loin du « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? » Sous-entendu : « J’ai été sage, j’ai respecté le contrat, mais Dieu ne l’a pas respecté ! »
Or il n’y a pas de contrat entre Dieu et nous, aucun contrat. De plus en plus, mon livre de la Bible préféré, c’est le livre de Job. Job perd tout. Alors c’est la grogne de ses amis, la colère de son épouse, tout ça. Mais tout à la fin, Job chante son amour et sa confiance en Dieu. Chapeau !
J’ai beaucoup aimé le petit livre de Marion Muller-Colard, « L’autre Dieu ». Pas facile à lire, mais tellement vrai ! A travers la maladie de son petit garçon, l’auteure revit l’aventure de Job. Encore chapeau !


Pour finir, disons que nous n’avons pas l’habitude du don gracieux de Dieu. On préfère passer un marché : « Regarde mes mérites, ça vaut bien une récompense, non ? » Or ces fameux « mérites », car il y en a, et même d’héroïques,  sont  une réponse à l’amour de Dieu, pas une condition pour qu’il nous aime.